Fatigué du brouhaha numérique et de la médiocrité algorithmique ? J’ai choisi la sécession. Le retour à la machine à écrire est l’ultime arme néo-punk pour imposer le temps long, réanimer la chair des mots et forger une véritable œuvre pérenne.
Introduction
Toi, cher lecteur de cet article, qui pourrait fort bien être d’une longueur insoutenable, de quelle génération es-tu ? De celle qui, forte d’une stabilité encore à l’équilibre, pouvait tenir un foyer par la seule contribution du paternel, de 20 ans plus âgé que votre ainé de frère, écorchant ses doigts et sciant son dos chaque jour, et récoltant ainsi de doux fruits qui le sortaient, lui et sa famille, de la fange qui l’a vu naître. Ou bien de celle qui, tel un funambule sur une corde que trop usée, tentait de franchir l’abîme de la vacuité entre jeux champêtres et prémices d’un futur aliéné au numérique. Ou encore de celle qui, après des décennies d’errance matérialiste, de compétition victimaire, de junkies proprets drogués à la dopamine rapidement injectée, se refuse de vivre elle-même pour mieux se laisser couler dans cette gorge profonde de la jouissance artificielle, vertueuse et tribaliste, d’une nouvelle forme de mondanité sans avenir tangible.
De la seconde catégorie, j’arrive sans doute à un âge où les plus jeunes d’entre vous me considèreront, comme la marche du temps va s’accélérant, comme une vielle limace traînant son cul dans un monde qui n’est plus le sien. Et vous auriez peut-être raison ! Mais attendez un peu : vous auriez tort de passer outre ce texte, qui, faute de vous remettre un peu de matière dans cette purée informe dont est composée votre boîte crânienne, pourrait au moins vous apprendre deux ou trois choses utiles. Ce texte et ceux qui suivront, pour former le « Magnum Opus Des Idées d’un Déplaisant », pour ne pas dire un connard, verront s’entrechoquer conservatisme sans formol, progrès sans cheveux bleus, saillie littéraire sans twerking, mondes fantastiques sans adolescents fantasmes. Mais pas de fromages sans lactose. Vous êtes au seuil d’une maison qui se respecte.
Avant de vous parler de tout ce que je peux détester dans la pseudoculture du divertissement pour lobotomisés, avant de vomir sur la cinémathèque éphémère d’adulescents ayant plus d’abonnements que de relations sexuelles consenties, avant de cracher mon fiel sur les gigas tonnes d’étrons contemporains, que certains appellent « livres ». Avant, tout de même, de vous inviter au voyage artistique, à la contemplation du beau style (qu’il soit apollinien ou grossier), à la recherche du temps long pour laisser comme traces de votre passage sur cette Terre autre chose que des 6-7 épileptiques sur TikTok (remarquez que je suis à la page des stupidités de cette époque). Avant tout, je voulais vous parler de cette formidable découverte réalisée il y a quelque temps et qui a radicalement changé ma façon non seulement de créer, mais aussi de voir le monde. J’exagère à peine ! Comme un alchimiste dans son laboratoire secret, j’ai mis du temps avant de trouver la recette de ma pierre philosophale. Celle qui me redonne vie quand tout autour de moi n’est que bruits meurtriers.
I Un long chemin vers l’illumination
J’ai pris l’habitude depuis quelque temps, afin de m’endormir sans laisser mon cerveau dériver au gré de mes pensées et de me retrouver au milieu de la nuit avec quatre petites heures restantes à dormir, de me coucher avec une série que les moins de cinquante ans ne doivent pas connaître, à moins d’être aussi « bizarre » que moi.
Connaissez-vous cette dame élégante, vivant dans une petite bourgade portuaire du Maine (non il ne s’agit pas d’une histoire de Stephen King) appelé Cabot Cove ? Une dame d’un certain âge, mais à qui l’intelligence et la mémoire ne font nullement défaut. Qui, à chaque épisode, sur douze saisons, attire à elle tout un tas de meurtres et d’énigmes à résoudre. Murder She Wrote, ou Arabesque en français, était une série policière lumineuse des années 80 à 90. Dans le rôle principal de Jessica Fletcher, professeure, autrice de romans à mystère et détective amatrice, Angela Lansbury, une actrice qui, en 80 ans de carrière, laisse derrière elle une superbe filmographie, surtout dans le cinéma des années 40-50. Dans la série télévisée susnommée, nous la voyons, tout du moins jusqu’à la saison 10, taper à la machine à écrire. Et ce, dès le générique introductif. Elle saisit un morceau de son manuscrit sur une Royal Magic Margin, un desk typewriter encore aujourd’hui très recherché par les collectionneurs et écrivains revival-tech (je lui préfère sa concurrente, la Olympia SG-1). Je me suis pris de passion pour ce show télévisé d’une autre époque, et qui fera sans doute l’objet d’un article à part entière, mais surtout pour l’outil utilisé pour écrire. Peut-être qu’il s’agit, en mon for intérieur, d’une volonté de revenir à ces moments d’enfance où je regardai chez ma grand-mère cette même Jessica Fletcher résoudre, par la seule logique et l’observation, les assassinats les plus abstrus en apparence. Ou alors est-ce la folie d’un Jack Nicholson dans le rôle de Jack Torrance dans The Shining pendant qu’il tape le célèbre proverbe « All work and no play makes Jack a dull boy » sur sa Adler Universal 39.
S’agirait-il pour l’individu, passé un âge subjectif, de revenir sur ses pas après avoir franchi toutes les frontières qui lui étaient données de voir ? Car comme sur tant d’autres sujets, et malgré une certaine technophilie, plus j’avance et plus je me retourne en arrière pour apercevoir et même capter des instants, des moyens, qui me semblent plus appropriés par les temps qui courent, où la machine technoétatiste nous mène à la ruine et où le monde virtuel s’est emparé de nos sens. C’est arrivé à cette observation et au fait que je ne suis qu’un homme lambda, tout aussi atteint par le capharnaüm numérique, par les shoots de dopamines si faciles à se procurer, que j’ai cherché à me rendre plus résilient, non pas physiquement, mais mentalement. Pour mieux écrire, mieux réfléchir, juste mieux vivre. Préférer la douce mélodie du silence au chaos.
Quand vous êtes sur votre ordinateur personnel, à essayer de travailler sur votre prochain texte, vous êtes toujours tenté d’aller fureter ailleurs. Vous cherchez un mot, sa définition, puis vous tombez sur un article, qui mène à un autre, puis à une chaine interminable de recommandations de lecture. Si bien que d’un claquement de doigts, vous n’avez couché en pixel blanc sur l’écran que trois phrases en quatre heure de temps. Alors certes, vous avez tout appris de l’Intrication quantique et de comment les mammifères marins nourrissent leurs petits en plein océan. Mais ce temps n’est plus rattrapable, et il vous faudra travailler d’autant plus fort pour réussir à accoucher de votre bébé.
Du bruit absolument partout. À votre bureau, dans votre poche. Smartphones tellement « smarts » qu’il vous cannibalisent la cervelle pour mieux vous nourrir de smarties publicitaires, des cookies internet surveillant vos moindres recherches pour vous proposer le dernier pip-ring masturbatoire en drop shipping. Des notifications qui n’en finissent pas d’envahir vos écrans comme autant de sirènes éplorées cherchant votre asservissement. Et puis les innombrables logiciels et programmes algorithmiques génératifs. Et puis les mises à jour quand bien même tout fonctionnait parfaitement bien. Et puis l’obsolescence du matériel, que vous ne pourrez changer faute de RAM. Et puis…
Bref, vous le comprenez désormais, je subis depuis des lustres un burn-out numérique et distractif. Pire, je me rends compte, chez moi-même et autrui, des méfaits de ce chaos de la technoservitude. Faiblesses syntaxiques, manque de vocabulaire, pauvreté du discours, attention en berne. Après des millénaires de protocivilisation orale, puis de grandes sociétés de l’écrit, nous déclinons en une infinité tribale de pseudo-cultures de l’oral numérique. Mais j’y reviendrai dans une deuxième partie. Tout l’art du « teasing ».
C’est donc ainsi que j’ai cherché des alternatives. Il me fallait m’imposer des contraintes volontaires pour dessiner une autoroute de la créativité. Pléthores de logiciels, comme Scrivener, auraient pu m’aider, mais pas assez radical. Un mini pc non connecté ? Il me sert déjà de console rétrogaming. Du hardware, oui, avec l’impossibilité de le détourner. Un mini écran intégré à un clavier plastoc à 400 € ? Meh… L’idée alors rejaillit, comme une amie longtemps oubliée. Qu’est-ce qui permet de seulement écrire ? N’importe quand, n’importe où, tout en ayant un rendu professionnel que n’aura jamais mon écriture de médecin ? Qu’ont utilisé pendant des décennies les plus grands auteurs ? La machine à écrire.
II Le trésor
J’attendais, tel un enfant d’ores et déjà réveillé au matin de Noël, guettant le moment où ses parents l’autoriseraient à descendre ouvrir ses cadeaux, devant ma porte d’entrée, faisant les cent pas, jusqu’à ce que le livreur me dépose, contre signature approximative du bout de l’index sur son appareil connecté, le colis tant espéré. J’avais fureté les internets à la recherche de l’objet « parfait », alliant robustesse, simplicité, clavier AZERTY, bon prix et révision faite. J’étais alors tombé sur une annonce eBay d’un artisan/réparateur vendant de multiples machines, entièrement rénovées et prêtes à l’usage. Pas seulement pour trôner tel un vieux bibelot dans une bibliothèque Ikea épurée, entre un roman de Marc Levy, du Proust non lu ou encore les « Mille et une injonctions volontaires pour être une femme accomplie Tome 3499 ». Comme première machine, pour quelqu’un qui comme moi n’a jamais eu l’occasion d’essayer, étant de la génération de la démocratisation du personnal computer, je me suis dirigé vers une occasion — par essence puisque plus fabriquée — en or : une Brother DeLuxe, ou Vailant ou Webster, Wizard Truetype ou encore Bradford, de 1964. Tous ces noms concernent une seule mécanique de chez Brother, sa première typewriter portable, la JP-1, qui était vendue avec différentes variations de capo et de logo, suivant les revendeurs. Il s’agissait d’une machine industrialisée en grande quantité et donc une des plus fréquentes, en bon état, sur le marché de la collection. La JP-1 à son époque était commercialisée comme LA « Student ready », avec même un autocollant dessus arguant qu’elle était promue par les parents (difficile à trouver une machine ayant gardé son sticker). C’était la machine parfaite pour l’élève. Mécanique solide, petite, « légère » avec ses plus ou moins 6 kilos pour la modique somme de 60 $ avec house en cuir aux USA, environ 533 € d’aujourd’hui (merci l’inflation).

J’ouvre donc le carton fraichement arrivé, sors les différents journaux insérés en boule, le polystyrène et le papier bulle. La house rigide bleue est là. Je porte l’objet sur la table. La pièce s’emplit de l’odeur du vieux cuir. La fermeture éclair est intacte et fluide, contrairement à celle de votre pantalon Celio qui aura tôt fait de craquer sous la pression de votre dernier repas de gros porc chez Tasty Crousty, dont la friture masque la piètre qualité, et sans doute la date passée, du poulet mayo. J’ouvre cet écrin pour découvrir enfin cette Brother. Le logo stylisé est splendide et n’a pas perdu de son éclat. Mais ce qui me frappe, c’est le parfum d’encre et de métal mélangés. Un effluve qui deviendra par la suite comme une drogue. La machine en elle-même semble comme sortie d’usine, si l’on met de côté un éclat de moins de 5 mm sur la peinture. Un ruban encreur neuf, un tapis de saisie. Ni une ni deux, je ne peux endurer une attente plus longue et enfile une feuille de papier. Me voilà à gouter pour la première fois la saisie directe sur ce carré de fibres végétales et de colle adjointe.
CLACK – CLACK – CLACK – BIIIING !
Une première feuille y passe. Une deuxième, puis une troisième. À chaque claquement de touche, à chaque retour chariot, je m’aperçois que ce que nous avons gagné en vitesse relative, nous l’avons perdu en sensation et en plaisir. La mécanique possède comme une âme. Je m’en rends d’autant plus compte une fois reçu une seconde machine à écrire (même une troisième qui sera par la suite offerte à mon collègue auteur René Drouin dont je vous recommande l’article Machine à écrire, nostalgie et éloge du temps long ). Une Olympia SM7. Le toucher, le bruit, mais surtout le rendu final est très différent. Elite, Pica, en 10,11, 12 caractères, la force de frappe, la qualité du ruban. Beaucoup de ces facteurs peuvent modifier visuellement votre texte ainsi frappé. Sans parler du type de papier utilisé. Ainsi, et c’est tout ce que je peux vous souhaiter, si vous franchissez le cap, vous pourriez tout aussi bien que moi tomber dans la collectionnite aigüe. Ma future compagne est d’ores et déjà choisie : la Olympia SG-1. Matériellement ce sont des objets de pur plaisir sensitif. Des machines qui datent d’il y a 60 à 80 ans, toujours en état de marche, toujours avec la même qualité de frappe pour peu qu’il y ait eu un minimum d’entretien. Ainsi vous-même, vous pourriez bien laisser en héritage votre typewriter à vos petits-enfants et offrir à vos descendants une expérience vieille de plus de cent ans, deux cents ans, qui sait ? Rien d’électronique, tout est réparable, ajustable, pour qui est un minimum bricoleur. Il y a bien les rubans dont il faut souhaiter un approvisionnement toujours existant. Mais même là il existe des solutions du type « MacGyver ». Et si jamais vous avez une coupure de courant, ou votre ordinateur qui pète un câble : votre vieille compagne sera toujours là.

Taper sur une machine à écrire est donc une expérience unique. Une expérience qui vous reconnecte à vous-même, sans aucune distraction. Seul face à vos pensées imprimées directement sur le papier. Seul face à vos erreurs et errements. Nous ne sommes pas dans la création intuitive, mais presque. Nous pourrions nous arrêter ici, mais nous n’aurions alors qu’effleuré le sujet par l’esthétique et l’isolement créatif. Car à l’heure où j’écris ces lignes, une lame de fond se déchaine et pourrait bien renverser le continent Culturel, pour le meilleur et pour le pire. Et c’est là que la machine à écrire, inscrite dans un plan de plus grande envergure, peut renverser la vapeur.
III Renaissance Humaine
Cette lame de fond, cette vague, vous la sentez déjà lécher vos chevilles et bientôt vos bijoux de famille. Sur Twitter (X, comme le porno du néant offert à tous les cerveaux), sur LinkedIn, où les individus-agents ne sont que des copiés-collés par milliers, sur TikTok ou Instagram, avec leurs vidéos courtes pour mollusques incapables de s’ennuyer trois secondes sur la cuvette de leur chiotte. Partout l’invasion est palpable. Le Grand Remplacement a déjà eu lieu. Je ne parle pas de la gérontocratie ou d’une thèse Camus-ienne. Je ne parle en définitive pas non plus de la conquête de l’homme par d’autres hommes par le biais de l’algorithme génératif, mais bien plus de la bêtise née de la consommation instantanée. Un processus dé-civilisateur où l’on préfère les plaisirs immédiats à l’abnégation du marathonien ou de l’alpiniste chers à Sylvain Tesson.
Oubliés l’héritage, la succession, les grands projets individuels qui demandent de l’ardeur à la tâche. Oubliés également la fierté et cet égo qu’ils voudraient vous voir faire taire. Oubliés l’aventure et la prise de risque qui peuvent nous faire échouer pour mieux avancer. Non, désormais, l’Homme doit contribuer à l’efficacité générale et doit être rendu anémique, amnésique et anesthésié. Il doit rester l’éternel adulescent fan de figurines bon marché et de filles dévêtues en lip-sync sur des paroles mièvres vocodées. L’AG ou IA, n’est que l’un des clous pointés sur le cercueil de l’Humanité, dont l’épitaphe serait « Médiocrité ». Oui cela sonne comme du Houellebecq, les affres de la chose en moins. Mais c’est ce qui m’a poussé à écrire ce texte et bien d’autres encore, parce que, contrairement à ces Diogène modernes qui ont découvert la réalité des ombres de la caverne, j’ai entrevu la lueur d’une des entrées de la fourmilière collective où nous nous entassons tous pour un bien imaginaire. Ici, il n’y a pas de Johnnie Rico pour détruire la reine des punaises. Il s’agit de Liberté, d’auto-contrainte salutaire et d’échanges consensuels. De replonger dans sa propre humanité pour mieux se connecter à autrui et surtout de pouvoir se regarder dans un miroir sans rougir d’avoir vécu sa vie. La machine à écrire devient alors un outil d’émancipation. Un chainon de centaines de milliers d’initiatives individuelles qui forment, dans l’ombre des mégaplateformes, la véritable résistance. Elle peut s’incarner par l’usage d’outils anciens, comme ici la machine à écrire ou le pinceau et la térébenthine pour l’artiste peintre. Ou par le réseau, en privilégiant les circuits locaux en chair et en os ou les bons vieux sites internet pleins d’authenticité et souverains. Il s’agit ici de reprendre le contrôle de sa production, d’avoir son propre domaine régi par ses propres règles. C’est en multipliant cet artisanat, en perfectionnant votre art, en développant votre être, que nous pourrons lutter contre le délitement. Car, in fine, l’art n’est qu’une forme matérialisée de notre volonté d’échanger entre êtres doués de conscience. Et c’est pour cette raison que j’ose avoir encore foi en l’Humanité. Oui je ne suis pas si doomer que cela. Je suis sincèrement persuadé que toutes ces initiatives qui émergent, comme l’Indieweb, le revivaltech, la volonté de récupérer de sa privacy, de sortir des réseaux sociaux devenus monstres froids, sont autant de marches vers la Renaissance Humaine. Plus les Algorithmes Génératifs prendront de place, contrôlés par de grosses structures en lobbying avec les états, plus la consommation de masse privilégiera la production de contenus débilitants accélérés par ces mêmes AG et plus les vocations à l’authenticité apparaitront et seront reconnus à leur juste valeur (subjective, mais non relative). Les peintres n’ont pas disparu avec l’avènement de la photographie, certains aujourd’hui se vendent même extrêmement cher. Il en sera de même partout où l’humain aura réellement quelque chose à raconter, à partager avec ses pairs. Il est temps de montrer que nous valons mieux qu’un texte sans style de GPT.
Conclusion
Le néo-punk littéraire commence ici. Par le refus de la standardisation et de l’ultra-connexion instantanée. La machine à écrire m’oblige à assumer mes propres fautes, mes pages blanches, mes doutes et à embrasser la sérendipité inhérente à notre condition humaine. Alors, cher lecteur et potentiel auteur, éteins ce foutu écran. Trouve-toi une de ces belles dames d’acier et d’encre, et frappe tes tripes jusqu’à ce que tes doigts s’engourdissent. Contrairement à tes commentaires sur la plateforme d’Elon Musk qui disparaitront dans les limbes du web, l’encre que tu viendras coucher sur papier laissera son empreinte sur le réel. Tu prendras alors ton temps, tu réfléchiras à ce que tu écris, tu penseras ton texte non comme du contenu à vite envoyer pour être vite consommé. Tu vivras tes textes comme d’éventuels œuvres qui traverseront le temps. Le néo-punk ne cherche pas à construire des HLM, mais des temples, figures impies pour nos contemporains en désespérance de gout, de style et d’âme. Le néo-punk ne cherche pas à s’aliéner à la machine, mais à se sauvegarder de la dette cognitive et de la paranoïa de l’absence d’évagations.
Mais reprendre possession de nos outils physiques et fuir la ruche numérique ne sont qu’une première étape. Car avoir un stylo, une Brother DeLuxe, ne ferons pas de vous un écrivain, pas plus que publier un roman consensuel un écrivain de qualité.
Dans Néo-punk Littéraire #2 nous sauterons à pieds joints dans le terrier du lapin blanc. Nous attaquerons en bonne et due forme le relativisme artistique et intellectuel. Si l’accès libre et décentralisé (en un temps qui me semble déjà lointain) à la connaissance est la plus belle promesse de notre époque, la massification de l’art, et du lard fardé en réels insta, qui en a découlé est un poison lent qui a nivelé la création par le bas. Peut-être est-il temps de réhabiliter, comme la machine à écrire, un concept devenu gros mot : l’élitisme. Non pas celui d’une caste, de naissance ou de privilèges politiques, mais d’une forme d’aristocratie intellectuelle, celui de l’effort, du gout et de l’exigence.


René
Excellent article ! Bravo ! Je ne peux que souscrire à cette réflexion.